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HOMMAGE À JEAN JAURES: VITRY-LE-FRANCOIS 31 JUILLET 2014

 

Jean Jaurès  été assassiné de 2 balles dans la tête tirées à bout portant, le 31 juillet 1914 au café du croissant à Montmartre, trois jours avant la déclaration de guerre de notre pays à l’Allemagne, il y a aujourd’hui tout juste 100 ans. Il n’avait pas 55 ans.

 

Son assassin, le rémois Raoul Villain se situait dans la mouvance de l’extrême droite. Il faut le savoir aujourd’hui, quand le FN prétend  annexer Jaurès en affirmant sur ses affiches que « Jaurès aurait voté FN » ! Son assassin a tué celui qui dépensait toutes ses forces pour prévenir et empêcher le déchainement de la guerre mondiale et des atrocités qu’il pressentait. Il a tué l’espoir d’un règlement pacifique des conflits en Europe. Et cet assassin n’a jamais été condamné par la Justice de notre pays !

 

Sans avoir jamais été un « pacifiste bêlant », Jean Jaurès est pour nous  le symbole de la lutte contre les guerres par l’appel à l’union de tous les travailleurs de tous les pays. Il est aussi un compagnon critique du marxisme, faisant de la résolution de la question sociale la condition pour que la République soit « le régime de tous par tous », qu’il nommait « le socialisme ».   

 

Jean Jaurès était un intellectuel rationnel et brillant : professeur, journaliste, puis parlementaire. Il fut élu plus jeune député de France à 26 ans et commençait alors un parcours politique d’abord modéré, mais s’affirmant plus progressiste au fur et à mesure des événements rencontrés en chemin, jusqu’à dire de lui-même : « je ne suis pas un modéré, je suis avec vous un révolutionnaire ».

 

À 33 ans, Jean Jaurès entre en lutte aux côtés des mineurs de Carmaux et de leur syndicat en grève contre le propriétaire le marquis de Solages. Finalement victorieux, il va au bout de son engagement au côté de la classe ouvrière en entrant en « socialisme », et en devenant l’artisan inlassable de l’unification de tous les courants socialistes de France en 1905…

 

Toute l’œuvre de Jean Jaurès (dont une remarquable « Histoire socialiste de la Révolution Française », de 7 tomes totalisant 4723 pages) témoigne de son désir ardent de libérer l’humanité… jusqu’à fonder le 18 avril 1904 le journal qui en porte le nom, notre journal. Jean Jaurès a porté partout le drapeau de l’émancipation sociale, de Carmaux à Albi, jusqu’à Nouzonville et Charleville dans les Ardennes aux confins de notre région de Champagne.

 

Lors de l’affaire Dreyfus (un bourgeois juif et militaire accusé et condamné sans preuve), aux côtés de Jules Guesde Jean Jaurès s’engage afin que chacun comprenne que le socialisme étant l’accomplissement de la justice, il ne fallait accepter aucune injustice. Il n’a eu de cesse que cette justice soit effectivement rendue au capitaine Dreyfus, contre l’Etat-major.

 

Lors du combat laïc du début du 20ème siècle, il devient avec son ami Francis de Pressencé l’un des principaux artisans de la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il montre alors tout son sens du compromis. Mais, à l’inverse de ce que l’on peut entendre aujourd’hui par la voix de nos gouvernants, ce n’était pas pour accepter ou faire accepter des régressions sociales mais bien pour changer la société avec toujours la visée progressiste chevillée au corps.

 

En 1910, Jean Jaurès participe à la création des retraites ouvrières, premiers pas vers une sécurité sociale. S’il n’a jamais participé au pouvoir et à aucun gouvernement, il a toujours porté l’idée que les révolutionnaires devaient prendre toutes leurs responsabilités à condition que cela conduise vers le mieux et non pour accepter les pires reculs au nom du réalisme et de l’impuissance politique que nous déplorons aujourd’hui, lorsque François Hollande brade notre protection sociale, et particulièrement le système des retraites.

 

Certes, Jean Jaurès n’a pas connu que des réussites : il a aussi rencontré des échecs mais ne s’y est jamais résigné et a sans cesse poursuivi la lutte pour revenir plus fort.

 

À gauche aujourd’hui, ils ne sont plus très nombreux ceux qui au Parti socialiste se réclament de Jean Jaurès. D’ailleurs, que connaissent-ils de lui ?! Le Président de la République et le 1er Ministre actuel n’en font pas leur principale référence. Ils lui préfèrent Clémenceau, non pas le radical de l’affaire Dreyfus, mais celui de la répression antisociale et du jusqu’auboutisme guerrier. C’est ce qui fonde pour nous la différence et qui explique que nous ne cautionnerons pas le centenaire officiel de la fin de cette immense boucherie que fut 14-18, à Vitry-le-François aussi.

 

Pour les communistes, les militants du Front de Gauche et les syndicalistes conséquents, Jean Jaurès reste une référence majeure.

 

Parce que nous voyons d’abord en lui une image de la morale en politique, alors que celle-ci est trop souvent disqualifiée par les affaires, genre Cahuzac ou Sarkozy…

 

Nous y voyons le combattant pour la paix quand la guerre, et le mensonge à son propos, redevient le moyen d’assurer les intérêts  impérialistes dans le monde, comme c’est le cas en Ukraine captée par le FMI, et comme c’est le cas en Palestine par les crimes de masse contre  Gaza résistante et martyrisée…

 

Nous y voyons le champion de la justice sociale, alors qu’aujourd’hui toute réforme est devenue symbole de régression sociale, comme c’est le cas avec le Pacte de Responsabilité qui ponctionne 50 milliards d’€uros aux budgets publics et sociaux pour alimenter la rapacité des financiers, des actionnaires, des  spéculateurs… au dépends de la maternité de Vitry-le-François, pour prendre l’exemple le plus récent…

 

Nous y voyons le journaliste méticuleux et respectueux des grandes causes, lui qui a fondé l’indispensable journal des sans voix : « l’Humanité »…

 

Nous y voyons le militant de chaque instant, intègre jusqu’à mourir pour ses idées…

 

On nous dira que le Monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Jaurès. Pourtant, le combat pour l’émancipation humaine n’est pas achevé et il s’inscrit dans un récit qui passe par la mémoire ineffaçable de Jaurès. Il dépend de nous de rappeler que Jean Jaurès est l’honneur de la gauche et l’honneur du socialisme. Au moment où ces mots deviennent des mots grossiers et chargés de renoncements, il faut les répéter sans relâche. Nous les communistes, nous les militants du Front de Gauche, nous les syndicalistes conséquents, nous en sommes les fiers continuateurs. Pas seulement de Jaurès, mais de Jaurès aussi.

Jean-Jacques POIGNANT.